Le crédit, aliénation au travail et à l’employeur.

Le constat est clair, depuis des dizaines d’années le rapport de force en entreprise à beaucoup changé. Même les luttes les plus difficiles se soldent le plus souvent par un échec, au mieux un accord au rabais. La pouvoir des syndicats est désormais bien faible. D’une part les salariés syndiqués sont moins nombreux, d’autre part ceux qui ont la volonté de s’investir n’ont pas forcement les moyens humains et financiers pour le faire suffisamment. Ceci n’est pas du au hasard, les causes sont certainement multiples mais il en est une qui fait peu de doute.

Nous sommes rentré dans un cycle dans lequel règne l’argent dette. Notre système économique est désormais basé sur le crédit. C’est un levier souvent employé (à mauvais escient) par les gouvernements pour relancer la consommation. Ceci arrangeant grandement les banques et les grandes entreprises qui s’en mettent pleins les poches, au détriment de la majorité de la population. Mais le crédit est également un levier pour écraser financièrement et tuer dans l’oeuf les mouvements sociaux.

L’argent est un moyen de pression très important sur les employés d’un groupe. Si les salariés peuvent infliger des pertes financières, le plus souvent elles pèseront bien peu sur l’entreprise. Les difficultés pécuniaires viendront toucher les grévistes bien avant. Il faut donc avoir des ressources de coté de façon à pouvoir tenir le coup. Facile à dire, difficile à faire quand une grande majorité de personnes a un crédit sur le dos.

Prenons un exemple que je connais bien, mon ancien employeur. Nous l’appellerons le groupe P. Je pourrais revenir plus tard sur tous les abus, la dénégation du code du travail et des conventions collectives mais ce n’est pas le sujet principal ici. La boite se situe dans le Valenciennois, dans une ville à la population déjà très agée mais néanmoins vieillissante. Le turn over dans les salariés est très important mais une chose est frappante. Les jeunes couples ont un crédit immobilier car ils viennent de s’installer ensemble (et d’en prendre pour 20 ans minimum d’aliénation), et attendent souvent un enfant lorsqu’ils n’en n’ont pas un depuis peu. Quand aux autres jeunes employés le plus souvent c’est un crédit pour acheter une belle voiture (sans doute inévitable là bas pour être respecté socialement). Les employés moins jeunes sont aux commandes du navire et ont globalement beaucoup moins à se plaindre (malgré des exceptions notoires).

Résultat, une activité syndicale inexistante. Elle se met en place difficilement depuis deux ans, non sans se heurter à de nombreuses difficultés. Le ras le bol général est la, de plus en plus présent. Même des personnes plutôt proches de la direction commence à se rendre compte de la nécessité à se réveiller et à faire bouger les choses. Néanmoins, outre la chasse aux sorcières pour savoir qui est syndiqué ou ne l’est pas un vrai problème financier se pose. Organiser une grève sur une journée est déjà un sacrifice, le faire sur un événement majeur de plusieurs jour devient une impossibilité. Pourtant le seul moyen d’être en position de force pour révéler au public les conditions de travail indécentes et négocier avec la direction.

Autant vous le dire les personnes qui ne restent pas travailler dans le groupe P. bien longtemps ne sont pas aliénées financièrement. Généralement ses personnes ne roulent pas sur l’or, au quel cas elle ne travailleraient pas de nuit pour un SMIC, mais elle n’ont pas de compte à rendre. De ce fait elles gardent leur liberté de pensée, et d’action. Le faite que ces personnes, dont je fait parti, quittent le navire avant d’avoir mener à bien la mutinerie est sans doute une difficulté pour établir un rapport de force, j’en ai bien conscience.

Comme le disait Henri Krasucki: « Il n’y a pas de moyen de coercition plus violent des employeurs contre les employés que le chômage. » Qui n’a jamais entendu « si tu veux tu peux dégager il y en a plein dehors qui aimeraient avoir ta place ». Pourquoi la peur du non emploi est-elle aussi importante. Tout simplement parce qu’une personne aliénée à son crédit et complètement pieds et poings liés. Cet engagement qu’elle a pris la force à avoir ses rentrées d’argent régulière sans quoi elle irait au devant de grave difficultés financières. Ce n’est évidemment pas la seule raison, mais ce n’est pas la moindre.

Tout ceci débouche sur une exploitation des salariés. Il leur est demandé toujours plus de flexibilité, d’obéissance, de servilité. Difficile de dire lorsque l’on est autant sous pression. Personnelement je tiens à ma liberté de penser, à celle d’ouvrir ma gueule quand quelque chose ne va pas, et d’agir en conséquence. Pour éviter cette forme d’aliénation, au crédit je dit non!

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